Cécile Bourgeat - DG de la Biennale de Lyon : ”La culture, c’est notre part d’humanité, notre besoin d’espaces poétiques”

Ce qui m'a marqué en échangeant avec Cécile, c'est sa liberté. Après seize ans à l'Institut Lumière, à faire naître un festival, à réinventer des salles obscures en plein cœur de Lyon, elle a tout quitté pour le secteur social. A ce parcours professionnel riche, s’ajoute l'écriture d'un livre porté durant dix ans, une histoire qu'elle n'avait jamais pu dire, jusqu'à ce qu'elle trouve les mots pour la regarder en face. Aujourd'hui, à la tête de la Biennale de Lyon, elle porte une conviction intacte : la culture incarne une part d'humanité qui échappe à tout calcul de rentabilité, et sans laquelle une ville ne serait plus tout à fait la même.

Je vous présente Cécile, elle est ici devant le site des Grandes Locos, vous comprendrez en lisant l’interview comme ce lieu est important dans ses fonctions actuelles.

Comment la culture est-elle entrée dans ta vie ?

Elle est entrée par la lecture, à l’adolescence. J’ai trouvé dans les livres un espace à part, un espace de respiration et de rêve, des rencontres à travers des personnages. Très vite, je suis aussi entrée dans la culture par le théâtre. J’aimais beaucoup y aller et, au lycée, j’ai monté une compagnie avec des amis. On a travaillé pour qu’une pièce puisse se tenir dans un théâtre de quartier à Lyon, cela a été un moment fondateur.

J’ai aussi fait le conservatoire de musique pendant toutes mes années d’études, jusqu’au lycée : de la flûte traversière.J’ai réalisé bien des années après que je ne pouvais pas vivre sans cet espace artistique à côté du cursus classique. La musique, le théâtre, c’étaient vraiment les moments où j’avais l’impression d’être en connexion avec les autres. Donc je me suis dit : j’ai envie de travailler à recréer ça.

Et ton parcours de formation ?

J’ai fait une école de commerce, mais en réalité j’y ai surtout fait du théâtre. On avait monté une troupe, on a fait une tournée. À la sortie, j’ai décidé immédiatement de faire un DESS de gestion des institutions culturelle à Dauphine. J’avais vingt ans et je savais déjà que je travaillerais dans le secteur culturel.

Tes premières fonctions n’ont pas été dans le secteur culturel ?

Avant tout ça, je suis partie en coopération au Togo. Je pense que cette expérience a influencé beaucoup de choses dans ma vie. Ensuite, quand je suis rentrée, j’ai travaillé à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. J’y ai monté un réseau de théâtres à l’italienne à travers l’Europe. J’ai découvert ces architectures extraordinaires, les questions patrimoniales de rénovation, et en même temps je baignais dans un théâtre vivant, avec des productions, des résidences d’artistes.

Et ensuite Reporters sans frontières : c’est un choix assez inattendu pour une trajectoire culturelle ?

Quand j’étais parisienne, je voyais tout le temps les affiches de RSF avec leurs albums de photos. J’ai vu qu’ils cherchaient un directeur administratif et financier, je me suis présentée en leur proposant de les aider à développer l’association.

J’ai énormément appris là-bas. Cela fonctionnait comme une agence de presse : tous les matins, on se retrouvait autour des actualités, des journalistes emprisonnés, des situations de non-respect de la liberté de la presse. Moi qui n’étais pas a priori militante, en tout cas je ne me définissais pas comme ça à 25 ans, j’ai trouvé là-bas une forme d’engagement. Nous avons vécu plusieurs expériences d’ « opérations coups de poing » comme on disait. On s’est enchaînés sur les grilles d’une ambassade, on était devant l’Hôtel de Ville au moment de la prise d’otage de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. C’étaient des moments fondateurs parce que c’était un engagement collectif pour faire connaître et médiatiser des situations d’atteintes à cette liberté fondamentale : rien ne pouvait nous faire déroger à nos valeurs, à cette ligne de défense. J’y suis restée quatre ans.

Et tu es revenue à l’Athénée après ?

Oui, j’avais un attachement affectif à ce lieu. Le directeur de l’époque m’a proposé de venir développer les ressources. Comment, à partir d’un lieu patrimonial comme l’Athénée, développer de nouveaux financements qui fassent sens avec ce qu’est ce lieu, sans faire des opérations complètement déconnectées de son essence ? L’idée, c’était aussi de connecter le théâtre à d’autres mondes. C’est une ligne qui est restée constante dans ma carrière : une approche transverse et un peu organique, où les mondes se rencontrent et ne seront plus tout à fait pareils après.

Ensuite, tu reviens à Lyon et tu rejoins l’Institut Lumière, pour seize ans.

J’avais le désir de revenir à Lyon, ma ville de cœur. J’ai rencontré Thierry Frémaux, Directeur général de ce lieu où est né le cinématographe, lieu unique au monde. Là a démarré une aventure qui a clairement tout changé.

Je suis arrivée comme administratrice. Très vite, comme chez Reporters sans frontières, j’ai dit : ce qui m’intéresse, c’est de développer. La gestion est nécessaire, c’est une capacité de structuration et de sécurisation. Mais selon moi, le déploiement de l’institution doit être traversée en permanence par le sens, par la raison d’être de la structure, par une forme de poésie. J’ai toujours dit que j’apprenais à gérer le feu : je contiens, mais je n’éteins pas la passion qui fait le fondamental d’un lieu. Un endroit comme l’Institut Lumière, c’est central dans une ville où les gens se retrouvent, découvrent ou redécouvrent des films qui ont marqué l’histoire du cinéma et sont fiers aussi d’habiter dans la ville qui a vu naître le cinéma. La Rue du premier film c’est une destination incontournable.

Qu’est-ce que ces seize ans ont construit ?

C’était un espace complètement multiforme : une salle de cinéma, un musée du cinéma, puis la création du Festival Lumière, qui a commencé à germer en 2006. Un événement sur le cinéma classique qui n’existait nulle part dans le monde. Ensuite, la reprise des anciens CNP de Lyon pour les transformer en Cinémas Lumière : dix salles en plein cœur de ville. Une librairie de cinéma, un café, une galerie. La question était : comment déployer ce projet pour que Lyon, ville du cinéma, puisse toucher le public le plus large possible par de multiples biais ?

L’ouverture du premier festival restera un moment à part. On ouvrait à Halle Tony Garnier transformée en grande salle de cinéma, avec près de 4 600 places. Le public s’était rué sur les sièges pour voir un film classique. C’était grandiose : on a créé un désir pour le public d’aller voir le cinéma classique des films restaurés, en salle. Bientôt va s’ouvrir la 17e édition du festival.

Cécile à l’intérieur des Grandes Locos, un lieu monumental qui accueillera une partie des installations de la prochaine biennale d’art contemporain.

A l’issue de cette expérience, tu es partie dans le domaine social...

J’ai développé au festival Lumière quelque chose qui me tenait très à cœur : proposer à des personnes qui se sentent très éloignées de la culture d’être bénévoles. On a travaillé avec des réfugiés notamment : des personnes qui sont toujours accueillies dans les villes où ils arrivent et qui devenaient accueillantes. Cette expérience m’a beaucoup marquée. Et j’ai eu envie d’aller voir tout autre chose. On m’a proposé un poste à ALYNEA, le SAMU social 69. Je suis partie avec cette idée de perdre un peu de cette lumière qui m’avait portée tant d’année, d’enlever tout ce qui me portait de manière institutionnelle, et de redevenir professionnelle dans un monde où j’aurais tout à construire.

Qu’est-ce que le secteur social t’a appris ?

D’abord, quelque chose de très personnel : éliminer les couches. Repartir de zéro, apprendre à me réinterroger, arriver dans un cadre qui ne me porte pas d’emblée. Dans le secteur culturel, après seize ans, j’étais repérée. Là, j’arrivais complètement inconnue. J’avais besoin de cette invisibilité.

Ensuite, rencontrer les travailleurs sociaux m’a beaucoup appris : cette persévérance, cette conviction, cette endurance dans des systèmes très contraints, très dépendants des pouvoirs publics. Un rapport au temps différent aussi : les projets prennent du temps, rien ne se règle en quelques semaines. Je me souviens qu’on me disait : « Cécile, il faut que tu ralentisses ». Je suis quelqu’un d’impatient, d’urgence permanente, ce secteur m’a appris un autre rapport au temps.

Et puis il y avait quelque chose que je n’avais pas mesuré depuis la culture : aller vers les publics éloignés, ce sont des mots qu’on dit facilement. En étant du côté social, j’ai essayé de connecter ces personnes à des structures culturelles, et j’ai réalisé à quel point c’était complexe. Il ne s’agit pas simplement d’amener des personnes voir un spectacle. Il s’agit qu’elles se sentent concernées, qu’elles aient du désir. Depuis, j’ai bien plus conscience de ce que c’est qu’un projet qui implique vraiment les gens.

Et entre ALYNEA et la Biennale, tu as aussi monté un lieu pour des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance.

Oui, après ALYNEA, j’ai accompagné le montage d’un lieu où des jeunes sortant de l’ASE puissent enfin se sentir chez eux pour démarrer dans la vie et la vie professionnelle. Ensuite il y a eu une période d’arrêt, j’avais la nécessité d’écrire. Puis je suis arrivée à la Biennale.

Comment tu décrirais ce que tu as trouvé en arrivant à la Biennale ?

Déjà, c’est un événement que j’avais toujours suivi en tant que Lyonnaise. Pour moi, il y a deux événements qui distinguent Lyon sur le plan national et international : la Biennale de la danse, qui est l’événement international de danse, et la Biennale d’art contemporain, qui est l’adresse française en la matière. Ces deux événements permettent de se connecter à l’international tout en étant extrêmement ancrés sur un territoire. Et ce sont des événements grands publics où le public peut même participer à la création, avec le Défilé pour la danse, avec Biennale en territoires pour l’art contemporain.

Ce qui m’a vraiment embarquée en arrivant, c’est l’équipe. J’ai rarement senti un mouvement collectif aussi fort pour aller vers, pour créer des événements qui vont ensuite rayonner très largement. On est une équipe de vingt-trois personnes qui s’étoffe progressivement jusqu’à l’événement, et de sentir cette force-là, dans des temps aussi contraints, ça m’a littéralement embarquée.

Et le lieu lui-même : les Grands Locos ?

C’est une découverte extraordinaire. Ces anciens ateliers industriels de la SNCF — des espaces vides. On les construit, on les investit avec des œuvres monumentales, avec des spectacles de danse, on accueille le public de manière large dans un lieu patrimonial industriel qu’on réinvestit. C’est inouï. Pour moi, c’est une page blanche qui devient un espace de liberté de création énorme, au cœur de la métropole.

La Biennale n’a pas de lieu fixe à elle, elle est itinérante, avec des partenaires : une dizaine pour la Biennale d’art contemporain, une cinquantaine pour la Biennale de la danse. Ça fait sens, mais il manquait un ancrage. Et les Grandes Locos sont cet ancrage qui nous distingue. Quand les gens arrivent dans la Halle principale, ils n’ont jamais vu un lieu identique. Cette année, pour la Biennale d’art contemporain, le public va traverser les œuvres et se laisser traverser, ressortir différent. Cela permet un tout autre rapport à l’art contemporain.

La contrainte budgétaire semble être le contexte dominant de ta prise de poste.

On veut maintenir nos exigences artistiques et d’accueil du public. En même temps, on est dans une contrainte budgétaire appuyée. Et dans la recherche de nouveaux équilibres sur lesquels on n’a pas de référent, personne ne sait comment une institution culturelle peut fonctionner durablement avec moins d’argent public. C’est là que la force de l’équipe devient cruciale : il faut chercher ensemble d’autres manières de faire pour continuer à offrir ces espaces nécessaires. Surtout quand on a déjà entendu dire que la culture n’est pas essentielle.

La Biennale d’art contemporain prendra place dans plusieurs lieux de Lyon du 19 septembre au 13 décembre prochain.

Tu en parles comment avec les équipes ?

Je suis arrivée avec une contrainte forte, j’ai dû beaucoup resserrer. Nous avons travaillé avec l’équipe en ce sens et elle est vraiment partie prenante de cette traversée. À un moment il faudra d’autres équilibres. Je vise qu’on retrouve une forme de stabilité pour pouvoir remettre de l'élan. À peine arrivée, au bout de trois mois, on a fait une journée de travail collectif, un planning mois par mois sur les deux années, pour voir les plans de charge, les zones rouges, ce qu’on peut ajuster ou pas. Diriger une institution culturelle, c'est connecter sa mission aux enjeux artistiques et sociétaux de sa discipline, c’est aussi travailler avec l’équipe pour trouver le bon rythme de l'organisation, ouvrir une vision malgré l’incertitude et surtout partager le plaisir d'offrir des espaces de créations aux artistes et un accès au plus large public possible.

Et comment tu recrutes dans ce contexte particulier : une structure qui fonctionne par vagues ?

Je suis très attachée aux métiers du secteur. Ce sont des métiers d’expertise : le production artistique, la communication, les relations publiques, la technique, si tout ça ne s’articule pas bien, la création n’a pas lieu.

Mais au-delà de la compétence, on recrute des personnes engagées, qui ont de la conviction, du désir. Ce travail demande beaucoup, ça déborde forcément d’un cadre strictement défini. Il faut cette envie. En même temps, il ne faut pas que cette passion se fasse aux dépens d’une organisation de travail saine. C’est toute la question du secteur culturel, et j’en ai une conscience aiguë depuis mon passage dans le social. L’autonomie, la confiance, le dialogue permanent sur les charges de travail, pour moi ce sont les premiers leviers, je fais au mieux pour avancer sur ces sujets.

Ton positionnement dans l’organigramme est clair : tu es à la tête de l’organisation et les directeurs artistiques sont en charge de la programmation artistique. C’est assez rare dans le secteur. Comment ce modèle s’est-il imposé ?

La Biennale a longtemps fonctionné autrement, les directeurs artistiques étaient en co-direction. Mais le conseil d’administration a perçu qu’il fallait une sorte de basse continue  qui travaille en articulation avec les deux directeurs artistiques danse et art contemporain: une direction qui pilote les deux événements, qui assure la continuité stratégique sur les publics, la communication, la médiatisation, les relations politiques. Ils ont décidé de revenir à cette forme en 2024. Et cette forme, par rapport à ce que je suis et à ma trajectoire professionnelle, me convient parfaitement.

Comment le binôme se construit concrètement avec les directeurs artistiques ?

C’est d’abord une question de confiance réciproque, et de respect des places de chacun. Il s’agit d’accepter d’être en recherche permanente d’équilibre, on ne va pas le trouver une fois pour toutes. Le directeur artistique va vouloir parfois déployer un projet là où la contrainte budgétaire ou les « ressources humaines » ne le permettront pas toujours. Mais mon approche, dans cette articulation permanente à un directeur artistique, n’est jamais uniquement guidée par une logique de gestion. Ce qui m’intéresse, c’est que la structure soit traversée par la création, qu’on se fixe un cadre ensemble, mais qu’on puisse l’ajuster en permanence.

Concrètement, jusqu’à fin juin pour l’art contemporain cette année, on définit la programmation artistique, on cherche des soutiens à la création à travers des collectionneurs, des galeristes, des fondations, en France et à l’international. Et on ne s’arrête pas : la Biennale d’art contemporain commence le 19 septembre, et jusqu’au dernier moment on est sur le pont parce que les artistes eux-mêmes sont encore en création.

Est-ce qu’il te semble encore pertinent de nommer des artistes à la tête de structures sans penser la place des directions administratives ?

Je pense qu’une réflexion est nécessaire, et la Biennale le permet par sa singularité, deux disciplines, deux événements. Mais il y a aussi une raison historique : les directeurs artistiques de la Biennale sont déjà à la tête d’autres institutions : la Maison de la danse, le Musée d’art contemporain. Ce n’est pas possible de tout faire. Et l’idée, c’est aussi que la Biennale soit étroitement connectée à ces institutions, pas en concurrence, pas à côté, mais dans un projet global. La danse à Lyon, c’est quelque chose d’inouï. La Maison de la danse, bientôt les Ateliers de la danse, la Biennale de la danse : tout cela est une force, une valeur.

On est dans un contexte où les subventions se restréignent, où des festivals s’arrêtent du fait d’arrêt de subventions. Comment tu tiens une forme de sérénité par rapport à ça ?

Je me situe dans une grande institution, je souhaite apporter cette précision parce que je ne veux pas me mettre à la place de structures de plus petites tailles , je sais que c’est très très compliqué. Mais là où je suis, je crois d’abord au dialogue politique. J’ai travaillé avec plusieurs exécutifs, la Métropole, l’État, la Région, la Ville : quatre tutelles depuis presque vingt ans. À chaque fois, ce qui a prévalu, c’est de pouvoir échanger sur le fond. La politique culturelle et sa mise en œuvre par une institution ne se pose pas une fois pour toutes, elle s’ajuste en permanence et se compose en lien avec d’autres enjeux. Diriger une institution culturelle c’est ouvrir une manière de faire société.

Il y a toujours une ligne à tenir : la liberté de création, la liberté des contenus. C’est prioritaire. Et les grandes institutions ont une responsabilité particulière à ce sujet : ce qu’on défend ou non, va se diffuser à l’ensemble du secteur culturel.

Ensuite, il y a la question de ce que la culture « rapporte ». On peut quantifier une part : le bien-être, les retombées économiques d’un événement. Mais il y a une part qui restera toujours non quantifiable. C’est notre part d’humanité, notre besoin d’espaces poétiques, où il n’y a pas de retour sur investissement mesurable. Et pourtant, si à Lyon il n’y avait pas ces institutions, la vie ne serait pas la même. Ce que nous souhaitons, c’est embraser la ville avec la danse une année, avec l’art contemporain l’autre, pour que les citoyens vivent autre chose, s’ouvrent, aient des espaces de pensées, de liberté. Cela n’est pas quantifiable.

Dans ta carrière, y a-t-il des femmes qui t’ont particulièrement portée ?

Deux femmes me viennent à l’esprit. À ALYNEA, j’ai rencontré Maud Bigot, directrice opérationnelle de la veille sociale. Elle accompagnait les personnes à la rue jusqu’au logement, et elle avait créé des lieux comme Zone Libre à Villeurbanne. Cette femme est devenue une amie et elle m’a profondément marquée par sa conviction que chaque être humain peut avoir sa place dans la société.

L’autre femme qui m’a marquée, c’est Laurence Nobécourt, une écrivaine que j’ai rencontrée lors d’un stage d’écriture. Elle m’a conduite à trouver un langage pour dire dans l’écriture ce qui n’avait jamais été parlé. Et elle m’a accompagnée jusqu’au bout. Si elle n’avait pas été là, je n’aurais jamais écrit mon premier roman.

Ces deux femmes m’ont infusé une liberté inaliénable.

Tu as écrit un livre publié chez Robert Laffont « Vous êtes comme ma fille ». D’où est venu ce désir ?

J’avais en moi une histoire que je n’avais jamais pu dire, des mots que j’avais complètement ravalés. Un jour j’ai senti la nécessité de me mettre face à cette histoire et d’en dire quelque chose. J’ai voulu m’approcher de cette corde raide, de cette bascule qui fait que la vie ne sera plus la même. Ce livre parle d’une femme qui s’est rendue coupable malgré elle du pire à partir d’un événement similaire que j’ai vécu jeune. Qu’est ce que ça veut dire, de vivre ça dans l’instant ?. J’ai voulu découper ces minutes. Et aussi rendre hommage à un père qui met de la paix là où il pourrait y avoir de la haine par cette phrase qui est le titre du livre : Vous êtes comme ma fille, prononcée le lendemain du drame.

Sur quelle période as-tu écrit ce livre ?

J’ai écrit les soixante premières pages par petits morceaux en dix ans : dix ans pour trouver exactement les mots. Le jour où j’ai décidé de m’arrêter pour écrire, j’avais déjà un texte mais pas abouti. Je l’ai terminé pendant huit mois d’ermitage complet, j’ai fermé tout mon réseau, toutes les portes. Ma vie de famille continuait, mais sinon je n’ai fait qu’écrire. C’est un moment qui restera, celui d’avoir approché avec l’écriture cette zone brûlante de l’existence : devenir coupable malgré soi. A aller au bout de cette parole.

Quelqu’un m’a dit : tu devrais l’envoyer à des éditeurs. Je l’ai fait. Robert Laffont m’a rappelée. On a parlé une heure trente avec mes deux éditrices, Alice D’Andigné et Céline Poiteaux. Elles avaient reçu le texte à l’endroit où je l’avais écrit. Cela m’a émue profondément. Pendant quatre mois, je suis allée plus loin dans la construction des personnages, arrivés très vite dans l’écriture et qui font que ce livre est majoritairement une fiction. Le personnage d’Alice en particulier est apparu assez tôt dans le processus d’écriture, parce que cette confrontation face à face n’était pas évidente à faire seule.

Qu’est-ce qui nourrit ta curiosité aujourd’hui, dans une vie aussi remplie ?

Il y a le quotidien : le matin quand j’arrive aux Grands Locos, ça me connecte en permanence au sens de ce travail. C’est pour cela que je suis revenue dans le secteur culturel, dans le social, au bout d’un moment, quelque chose me manquait.

Et puis la lecture. Je ne peux pas ne pas lire. Même tard le soir, même en période d’écriture. J’ai toujours besoin de m’imprégner. Là, je lis les Fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghy, et Politique de la beauté de Jean-Pierre Siméon, un recueil de poésie. J’ai toujours trois livres en parallèle et un temps d’écriture chaque jour. L’écriture et la lecture sont devenues vitales, elles obligent à un certain ralentissement dans une vie « bien remplie ».

Pour finir, tes 3 recommandations culturelles :

Le film que tu peux voir sans te lasser?
Douze hommes en colère de Sydney Lumet pour la finesse de l’argumentation et la force de la conviction, dans cette délibération tendue jusqu’au bout de la décision.

Le spectacle qui a changé ta vision du métier?
Pour n’en citer qu’un récent qui n’a pas changé ma vision mais l’a renforcée, sur l’idée d’aller toujours au plus proche de tous les publics : « la guerre n’a pas un visage de femme », adaptation de la prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch mis en scène par Julie Deliquet, vu au Théâtre des Célestins de Lyon : des voix intimes reliées à la grande histoire, des récits qui se chevauchent et s’enchaînent en bord de scène plaçant les spectateurs au milieu de l’espace.

La chanson de l’album que tu écoutes en boucle ?
Allons voir dans l’album Labyrinthe de Feu Chartterton, pour la poésie de toute ces chansons qui nous emmènent ailleurs tout en nous plantant dans le réel de l’existence. Parce qu’il nous reste toujours à « aller voir ce que la vie nous réserve ».

Les photos de cette interview ont été réalisées par Noémie Lacote.


Vous souhaitez poursuivre cette conversation et rencontrer Cécile? Cela pourrait vous intéresser…

La Table des alliées #5 - Samedi 14 novembre 2026 - Invitée d'honneur : Cécile Bourgeat
Aperçu rapide
La Table des alliées #5 - Samedi 14 novembre 2026 - Invitée d'honneur : Cécile Bourgeat
0,00 €

Première édition à Lyon !

Les Tables des alliées, ce sont des dîners confidentiels, pensés pour rassembler les femmes du secteur culturel autour d’une même table.

Un espace chaleureux, où l’on partage expériences, stratégies et inspirations loin du bruit, près de l’essentiel…tout en soignant ses papilles.

Ici, pas de posture ni de performance : seulement la force des alliances et la puissance tranquille de nos trajectoires croisées.

Ce dîner est limité à 15 convives pour conserver la qualité des échanges, il aura lieu dans une adresse parisienne, facilement accessible en transport, et l’accueil débutera à 19h30 et le dîner à 20h.

Quelques questions me permettront de préparer au mieux la soirée et de créer des résonances entre les parcours des participantes. Vos réponses resteront bien sûr confidentielles.

Une fois votre participation validée, le coût du dîner est de 90 euros TTC.

En étant membre du Club rideau! vous bénéficiez de 20% de remise sur ce tarif.

Ce que comprend le prix :

  • Un dîner raffiné dans une adresse choisie pour son atmosphère.

  • Une expérience confidentielle, pensée pour favoriser les échanges sincères.

  • Une préparation sur mesure, à partir de vos réponses, pour créer des résonances entre les parcours.

  • Une animation subtile, pour repartir nourrie d’idées, d’alliances et d’élan.

Plus que 2 exemplaire(s) disponible(s)
Week-end rideau! à la Biennale d'art contemporain de Lyon. Week-end rideau! à la Biennale d'art contemporain de Lyon.
Aperçu rapide
Week-end rideau! à la Biennale d'art contemporain de Lyon.
0,00 €

Deux jours à Lyon avec dix femmes qui font la culture. Une directrice générale de Biennale comme guide. Des expositions choisies. Un dîner pour ne plus se quitter.

C'est ça, rideau! à la Biennale de Lyon.

Ce week-end, c'est quoi ?

Une expérience pensée par rideau! pour les femmes qui aiment la culture autant qu'elles la font. Un programme resserré. Des rencontres qui comptent.

Les temps forts

✦ Trois visites guidées, dont l’une avec Cécile Bourgeat, directrice générale

✦ Un parcours choisi dans les expositions incontournables de la 18e édition.

✦ Le dîner Table des Alliées : la table longue, les conversations qui débordent, les liens qui se nouent.
✦ Beaucoup de surprises…

Bref, deux jours dans une ville qui, cet automne, est l'une des capitales mondiales de l'art contemporain.

Inclus :

— Une nuit d'hébergement en chambre double ou simple (+50 euros)
— Le dîner du samedi soir
— Le pass professionnel Biennale
— Les deux visites guidées
— Le parcours éditorial rideau! dans les expositions

Transport non inclus.

Infos pratiques
📍 Lyon
📅 Samedi 14 de 10h au dimanche 15 novembre 2026 16h.

Quelques questions me permettront de préparer ce week-end et de créer des résonances entre les parcours des participantes. Vos réponses resteront bien sûr confidentielles.

Une fois votre participation validée, le coût de ce week-end est de :

💳Tarif early early bird : 350€ (jusqu'au 1er septembre)
💳Tarif early bird : 420€ (jusqu'au 1er octobre)
💳 Tarif plein : 450 €
💳 Tarif local (sans hébergement) : 380 €

Plus que 1 exemplaire(s) disponible(s)
Précédent
Précédent

Delphine Peresan-Roudil - Créatrice de contenus culturels : “Mettre en lumière les femmes, c'est déjà un acte politique.”