Hélène Paillette, fondatrice des Concerts à la ferme : "Je savais produire des concerts. Je ne connaissais rien au monde agricole."

Quel est ton tout premier souvenir lié à la musique ?

J’ai grandi dans une ville nouvelle, dans les années 70, le Val-de-Reuil, dans l’Eure. Il y avait là une pianiste passionnée, qui était à l’époque la femme de Darry Cowl, et qui a réussi à susciter l’envie de créer une école de musique avec les premiers habitants. Mon père, chef d’établissement, a participé à sa création. Il y avait aussi une amie proche de mes parents, qui vivait en dessous de chez nous et qui jouait du piano formidablement : c’est elle, je crois, qui a allumé quelque chose. J’avais quatre ans en arrivant là-bas. La musique est entrée très tôt : flûte à bec, piano, chant, musique de chambre.

Tu es issue d’une famille d’enseignants, pas de musiciens. Comment cette passion s’est-elle cultivée dans ce contexte ?

Mes parents avaient des abonnements dans les salles de musique, au théâtre. Comme beaucoup d’enfants d’enseignants, j’ai eu un accès privilégié à la musique, à la littérature, au théâtre. C’est devenu le tissu même de ma vie.

Comment as-tu cultivé cette passion, et l’idée d’en faire ton métier s’est-elle imposée naturellement ?

J’ai pratiqué jeune le piano, le chant, puis beaucoup de théâtre au collège et au lycée. Ensuite j’ai fait une école de commerce, un peu par défaut, le monde de l’enseignement ne m’attirait pas plus que cela. Mais entrer dans une salle de théâtre, cette ambiance feutrée, ce silence, cette scène noire, ça m’a toujours fascinée. Je voulais travailler dans le monde du théâtre.

En troisième année, je suis partie en Erasmus à Bayreuth, en Allemagne. Et là, j’ai réalisé que je n’avais aucune envie de travailler au service marketing d’une grande entreprise. Je me suis spécialisée en marketing culturel, j’ai passé le diplôme Kaufmann : l’équivalent des sciences économiques allemandes. Mon mémoire portait sur le marketing stratégique dans les théâtres publics subventionnés allemands. Pendant mes études, j’ai été ouvreuse au festival de Bayreuth, j’ai travaillé chez le fabricant de piano Steingraeber & Söhne, et j’y ai rencontré celui qui allait devenir mon premier employeur.

Mon entrée professionnelle s’est faite via le ministère de la Culture du Land de Saxe, à Dresde. J’avais un cap vers le théâtre, et c’est finalement la musique qui m’a accueillie : mon premier poste, en 1996 en ex-Allemagne de l’Est, consistait à rationaliser les orchestres locaux. Le mur était tombé depuis peu, les budgets étaient scrutés, et l’objectif était de faire fusionner des orchestres symphoniques pour pérenniser leur existence. De là, mon poste suivant a été directrice marketing d’un orchestre près de Dresde, qui venait précisément de fusionner avec un autre.

Quand tu es revenue en France après sept ans en Allemagne, qu’est-ce qui t’a frappée dans les différences entre les deux secteurs culturels ?

La dépendance à la subvention publique, de façon très nette. J’ai décroché un poste à l’Orchestre National des Pays de la Loire comme directrice du développement, j’ai postulé à une annonce de Télérama, je suis sortie de l’entretien avec une promesse d’embauche. Et d’un seul coup, je découvrais un monde où les moyens semblaient considérables, avec voiture de fonction, possibilité de choisir son mobilier parce que c’était une création de posteMoi qui venais de passer plusieurs années à « sauver » des orchestres régionaux en les fusionnant pour qu’ils survivent, je me retrouvais dans un contexte où le principal enjeu était plutôt de se faire connaître : développer le public, développer les ressources propres. Le premier site internet de l’orchestre, c’est moi qui l’ai créé, et j’ai monté le premier réseau de mécènes.

Ce qui m’amusait, c’est que l’Orchestre des Pays de la Loire se targuait à l’époque d’être le seul orchestre européen à avoir deux entités permanentes régionales — alors que d’où je venais, c’était absolument normal : on avait fait fusionner des petits orchestres séparés d’une heure de route sous une même entité administrative.

Ce modèle de rationalisation, penses-tu qu’il serait réplicable en France ?

Quand je parle de l’Orchestre des Pays de la Loire, on est il y a presque vingt ans, et ce n’était alors absolument pas dans les mentalités. On me disait qu’il n’y avait pas de solution, mais bien sûr que si. Le besoin ne se faisait simplement pas ressentir.

Aujourd’hui bien sûr, dans le contexte de disette budgétaire qui est le nôtre, il devrait l’être encore davantage. Quand je pense à certaines créations dans le spectacle vivant jouées seulement quatre ou cinq fois, sans coproduction systématique ou sans tournée, c’est un gaspillage énorme. Mais cela change beaucoup …

A l’époque, il y avait aussi une différence de fond entre les deux contextes. En ex-Allemagne de l’Est, l’idée de « la culture pour tous » était profondément ancrée. La secrétaire de l’institut où je travaillais avait un abonnement à la Philharmonie de Dresde et ses enfants pratiquaient un instrument, allaient au théâtre. En France, sur un même niveau social, ce n’était pas le cas. Deux pays européens voisins, deux philosophies de la culture radicalement distinctes.

Tu cumules aujourd’hui de nombreuses casquettes. Est-ce que tu peux les décrire ?

Je suis à la tête de trois structures. Deux sociétés de droit privé : contrairement à beaucoup de mes collègues de la Fevis, je ne me suis pas constituée en association. La première, Les Minutes Heureuses, est une société de production artistique : j’y suis productrice déléguée de tous les concerts que Société Générale organise en France et à l’étranger , et j’assure la production exécutive de la tournée Un Été en France avec Gautier Capuçon depuis 6 ans maintenant. Je travaille également avec la Fondation Gautier Capuçon, au service des jeunes et des projets itinérants sur l’ensemble du territoire et je collabore avec Arts Scène diffusion pour de nombreux concerts

La deuxième structure, Contraste Productions, est un label discographique que j’ai créé pour l’Ensemble Contraste. L’activité discographique s’est réduite avec la disparition des revenus d’enregistrement, mais nous avons édité plusieurs disques et livres-disques primés, dont Georgia, tous mes rêves chantent avec Timothée de Fombelle, couronné d’un Prix Charles Cros et du Prix du Salon du Livre de Jeunesse. C’est une fierté réelle.

Cette structure porte également l’activité de l’Ensemble Contraste : concerts, spectacles musicaux, créations …. Les projets de médiation sont quant à eux portés par une association loi 1901, Tous mes rêves chantent, dont l’objet est de mener des actions artistiques à destination de publics éloignés. C’est cette association qui porte aujourd’hui les actions de médiation de l’Ensemble Contraste, et le projet Concerts à la Ferme.

À côté de tout ça, je suis secrétaire de la Fevis et éditrice SACEM via le label.

La saison des concerts à la Ferme débute le 14 mai prochain en Dordogne et s’achèvera en décembre dans la Somme. Consultez la programmation, Hélène passera forcément près de chez vous.

Est-ce que tu t’imaginais avoir autant de casquettes, et aurais-tu pu te contenter d’une seule activité ?

Ce n’était pas souhaité au départ. J’étais salariée à l’Orchestre des Pays de la Loire, puis je me suis mise à mon compte en créant l’agence artistique Ponticello. Mais le métier d’agent ne me convenait pas : centré sur les artistes, avec une obligation de moyens et non de résultats, c’est assez frustrant pour tout le monde. La production, en revanche, m’a tout de suite séduite : avoir une idée, la penser jusqu’au bout, aller chercher les financements et les équipes, et voir le projet prendre vie sur scène. C’est quelque chose que j’adore.

Quand j’ai créé Les Minutes Heureuses, je ne savais pas encore exactement où j’allais, mais je voulais bâtir mes propres projets. L’Ensemble Contraste est arrivé presque malgré moi : Arnaud Thorette, le directeur artistique et altiste de l’ensemble, est mon mari. Quand il m’a dit qu’il en avait assez de dépendre d’un label extérieur, je lui ai proposé d’en monter un. Puis quand leur relation avec leur agent s’est essouflée, j’ai commencé à trouver des dates de concert, et de fait malgré moi, je me suis retrouvée à la tête de la production de l’ensemble.

Comment t’organises-tu concrètement pour mener tout ça de front ?

Je n’ai de comptes à rendre à (presque) personne : je suis ma propre cheffe. J’essaie de préserver une vie personnelle ; j’ai deux enfants adolescents pour lesquels j’ai toujours été très présente. En août, je m’impose trois semaines sans ordinateur. Mais il y a bien évidemment un stress quotidien que j’ai intégré, avec des échéances permanentes pour chacune des structures ce qui n’est pas toujours de tout repos.

Côté équipe : après avoir eu des salariés sur mes différentes structures, je m’appuie désormais essentiellement sur des indépendants pour les tâches de production, médiation et communication. Dans le contexte actuel, c’est moins lourd, et plus pertinent. Le salariat est devenu un luxe, malheureusement. Pour les concerts à la ferme spécifiquement, j’ai une alternante et une stagiaire, et j’espère vraiment obtenir des financements pour pérenniser un emploi fixe, afin d’aider au développement de ce beau projet.

La direction artistique, c’est Arnaud Thorette pour l’Ensemble Contraste, lui est à la vision artistique, moi je suis le « bulldozer » derrière. Pour les Concerts à la Ferme, il m’aide pour la programmation, et tout le reste, c’est moi. Ce qui inclut, outre la recherche de financements, les relations publiques, la stratégie, le développement du projet, d’appeler personnellement les exploitants agricoles pour trouver des fermes. L’avantage, c’est qu’en face de moi il y a des entrepreneurs : une fois l’idée comprise, la réponse vient vite. Je suis de nature impatiente, alors cela me va bien.

Comment est née l’idée des Concerts à la Ferme ?

En 2020, la culture a été dite « non essentielle » Les musiciens ne pouvaient même plus se réunir pour t répéter. La DRAC Hauts-de-France avait lancé un appel à projets pour sortir les artistes des scènes habituelles et les faire jouer sur les lieux de vie et de travail des habitants. C’est la première fois que j’ai osé proposer aux artistes avec qui je travaillais — habitués au confort des grandes salles — d’aller sur le terrain, sans spots lumière, au même niveau que le public. Certains ont adoré ça. J’ai vu qu’il y avait quelque chose.

De façon concomitante, je suis allée un jour récupérer un panier bio dans une ferme de l’Oise. lors d’un week-end passé chez une amie, elle-même fille et sœur d’exploitants agricoles En voyant la grange, je lui ai dit que c’était exactement là qu’il faudrait faire un concert. L’idée est restée dans ma tête. Un jour, je l’ai rappelée : je lui ai dit que je savais produire des concerts et chercher des financements, mais que je ne connaissais rien au monde agricole. Elle m’a mise en contact avec le président de la Chambre d’Agriculture de l’Oise de l’époque. On a fait un Zoom. Il a été séduit immédiatement, comprenant l’intérêt du projet de créer du lien autrement, et de valoriser le monde agricole auprès de la société civile par le biais de la musique. La première édition en itinérance a eu lieu en 2023 : dix concerts. En 2024, dix-huit concerts dans l’Aisne et l’Oise.

Les concerts étant pensés à participation libre pour faciliter l‘accès de tous, il n’y a pas de recettes billetterie. Il a donc fallu aller chercher des mécènes pour « voir plus grand » compte tenu du vif intérêt du public pour ces concerts atypiques Je me suis donc inspirée de mon expérience sur la tournée Un Été en France avec Gautier Capuçon : une tournée itinérante dans plusieurs communes de France. J’ai transposé ce modèle à l’échelle rurale, sur plusieurs départements. Formalisé ainsi au national, le projet était présentable à des mécènes, et j’ai eu la grande chance d’en convaincre certains. L’année dernière, j’ai ainsi pu produire vingt-cinq concerts dans 8 départements de France, et il y en aura presque 40 cette année dans 15 départements ruraux.

Au Salon de l’Agriculture, tu as réussi à fédérer énormément de gens autour du projet. Pourtant les représentants du monde de la culture semblaient moins présents. Comment tu l’expliques ?

Je ne sais pas vraiment. Ce qui m’interroge et me met à vrai dire un peu en colère c’est l’écart entre les orientations affichées du Ministère de la Culture en faveur de la proximité, de la décentralisation et de l’accès à la culture en milieu rural, et la réalité des soutiens accordés, surtout à des initiatives de terrain innovantes comme la mienne. Je ne me sens pas reconnue par le ministère de la Culture sur ce projet. J’ai pourtant obtenu le haut patronage du Ministère de l’Agriculture, celui du Salon de l’Agriculture, des mécènes privés importants, trois saisons qui font leurs preuves, et je sollicite juste une aide au national pour développer quelque chose qui touche réellement les gens, au cœur des territoires.

Qu’est ce qui différencie “Les Concerts à la ferme”, d’autres manifestations culturelles?

Le public qui vient, c’est un public non-connaisseur. Et quand on interprête de grands airs d’opéra dans une grange, il y a des gens qui ont les poils des bras qui se hérissent et qui pleurent. Ce qui fonctionne, c’est la capacité des artistes à casser la barrière symbolique entre l’opéra et le public. C’est notamment la « patte » artistique de l’Ensemble Contraste, avec qui ont démarré les Concerts à la ferme, Contraste ayant été parmi les premiers ensembles à proposer des répertoires croisés : pas uniquement du baroque ou du classique, mais un large spectre, avec quelques tubes pour ouvrir la porte, et une œuvre plus exigeante glissée entre deux. Quand les gens ressortent en se disant : j’ai entendu des choses que je connaissais et d’autres que je n’aurais jamais écoutées, et c’était beau, c’est gagné.

Il n’y a pas de programme papier, on explique ce qu’on va entendre, et après le concert tout le monde reste pour le verre de l’amitié. Je pense être là où il faut être aujourd’hui, et pour rebondir sur la question précédente, je ne comprends pas que le ministère de la Culture ne s’en saisisse pas.

Aucune plante n’a été maltraitée lors de la prise de ces photos.

Ce lien fort avec les territoires ruraux dans ton parcours : d’où penses-tu qu’il vient ?

Je ne me suis jamais trop questionnée là-dessus. Je ne suis pas parisienne, mes parents sont Normands, j‘ai passé mes vacances enfant dans une maison à la campagne, et ce qui est certain, c’est que je vais beaucoup mieux quand je suis entourée d’arbres, de mer et de verdure. La culture doit être partout, ce n’est pas une conviction abstraite, c’est quelque chose que je ressens physiquement sur le terrain, quand les gens me disent « merci de venir chez nous ».

Mon projet fonctionne parce qu’il se construit dans la rencontre : je propose, j’écoute, j’adapte, je fais mes preuves la première année, tout simplement.Et d’ailleurs, ce n’est pas un hasard si 2026 sera l’année pilote d’un volet de médiation ancré en Haute-Normandie, parce que quand j’arrive là-bas, je peux dire que j’y ai grandi, que j’y ai une maison. Ce lien personnel, il compte.

Peux-tu nous en dire plus sur ce volet de médiation que tu développes ?

Les Concerts à la Ferme, c’est bien, mais le lendemain du concert, tout le travail de quatre mois avec l’exploitant est terminé jusqu’à l’année d’après. Je voulais aller plus loin.

Cet été, j’organise une rencontre franco-allemande au lycée Raymond Queneau d’Yvetot, en plein pays de Caux. Une quinzaine de jeunes Allemands, une quinzaine de jeunes Français, sur une semaine : le matin des ateliers de chant choral, l’après-midi des visites de fermes, de Rouen, de la Bénédictine de Fécamp, et le soir des veillées autour de films franco-allemands et de thématiques sur l’écologie, l’alimentation, le gaspillage, tout ce que la ferme permet d’aborder. Ces jeunes participeront ensuite aux Concerts à la Ferme sous forme de chorale, sur quatre concerts du 21 au 24 juillet.

À partir de septembre, je développe des actions de médiation avec un tiers-lieu près d’Yvetot, la Paysagerie, qui cultive des plantes et des légumes selon une approche écologique et paysagère, une belle cohérence avec l’univers du projet. Des concerts, peut-être des ateliers de cuisine, avec les personnes âgées de l’EHPAD d’Yvetot.

Le rêve ultime ? Acquérir un beau corps de ferme qui serait le centre fixe du projet : un lieu pour y tenir une académie, des rencontres de jeunes, un vrai ancrage physique pour tout ce qui rayonne autour.

Ce projet rassemble tous les fils de ton parcours. Comment le vis-tu personnellement ?

Ce que j’adore, c’est que c’est mon projet, que c’est moi qui le pilote entièrement. Il me permet d’être créative, de développer des idées, de rallier des projets satellites à un projet générique. Il m’amène du lien, j’adore aller rencontrer des gens d’un univers radicalement différent du mien. Le monde agricole est un monde à soi, peut-être moins ouvert à la culture a priori. Mais en fait, il y a beaucoup d’agriculteurs qui sont mélomanes, musiciens ou chanteurs, et dès que tu sens une fibre artistique chez l’un d’eux, le projet prend immédiatement. C’est la synthèse de tout ce que je sais faire : production, recherche de financements, stratégie, communication, création du lien social.

Le fait que ton compagnon travaille dans le secteur artistique t’a-t-il aidée à mieux concilier tout ça ?

Tant que les enfants étaient petits, j’étais principalement présente à la maison. Ce n’est pas un hasard si les Concerts à la Ferme arrivent maintenant que mes enfants sont adolescents. Lui était sur les routes pendant ce temps. Mais ce qui est certain, c’est qu’on se nourrit l’un de l’autre. On partage une passion commune pour la musique, le spectacle vivant, la médiation. J’avais quelques appréhensions au départ sur le fait de travailler avec l’homme avec qui je vis, et finalement c’est un sacré tandem, une force pour chacun. On se complète, on garde nos entités propres, et surtout il y a une confiance totale. C’est une grande force.

Comment te ressources-tu en dehors du travail ?

Je lis beaucoup, récemment le dernier Alice Ferney, des essais sur la jeune génération, un livre sur la France provinciale et le regard croisé Parisiens-provinciaux. J’ai découvert récemment le premier roman de ma proche amie Cécile Bourgeat , depuis peu directrice de la Biennale de Lyon. Je recommande vivement ce livre, très intense. Je fais du footing parce que c’est simple, ça libère la tête rapidement. Et de la couture, tout le monde rit quand je le dis, mais j’aime les travaux manuels.

Sur la place des femmes dans le secteur culturel, avec ton ancienneté et ta double expérience franco-allemande : ce secteur est-il en retard, en avance ?

Je n’ai pas la sensation qu’il soit en retard. Le ministère de la Culture a mis en place tellement de directives sur la parité, la mixité des équipes artistiques, la mise en valeur des compositrices, que parfois ça en devient presque contre-productif. Les quotas sont nécessaires, mais ils ont leurs limites.

Ce qui m’a ouvert les yeux, c’est d’avoir mis un pied dans le monde agricole. Là, j’ai mesuré à quel point nous, dans le spectacle vivant, étions en avance. Le monde agricole ne semble pas si bien outillé que nous pour promouvoir la place des femmes …

Ce qui est certain, c’est que je suis profondément féministe. Je veille à mettre autant de femmes que d’hommes en avant, et à pousser mes jeunes collaboratrices à prendre des responsabilités. Ce que je leur dis : apprenez le plus possible, soyez curieuses, ouvertes, et prenez votre place légitime. Osez aller vers les gens, osez reprendre la parole quand une parole masculine vous déplaît, avec humour si possible. J’ai une fille de quatorze ans, et je lui dis que sa place est là, au même titre que celle de son frère. Mais je vois aussi que mes jeunes collaboratrices sont parfois beaucoup dans le retrait. C’est une question de personnalité, d’éducation, de construction de soi. Se déconstruire, ça prend du temps.

Précédent
Précédent

Elise Maillard : "Le développement des ressources propres dans la culture a bénéficié à la montée en puissance des fonctions marketing."

Suivant
Suivant

Anne-Lise Vinciguerra, directrice de La Petite : "Le mythe du talent artistique inné qui va entraîner les équipes derrière lui. Ça ne fonctionne plus."